Une vaste enquête menée sur le terrain dans plusieurs zones de conflit du Sahel vient de lever le voile sur l’origine des armes utilisées par les groupes jihadistes. Publié le 28 avril 2025, le rapport de l’ONG Conflict Armament Research (CAR) révèle des données précises sur les circuits d’approvisionnement de ces groupes armés, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger. L’information a été rapportée par France 24.
Entre 2015 et 2023, les équipes de CAR ont documenté plus de 700 armes saisies dans les régions du Liptako-Gourma et autour du Lac Tchad. La majorité de ces armes sont des fusils d’assaut produits dans des pays comme la Chine, la Russie ou encore certaines nations d’Europe de l’Est. Fait surprenant : environ 65 % de ces armes datent d’avant les années 1990, signe d’un recyclage massif d’équipements anciens.
Mais le constat le plus troublant reste la provenance d’environ un quart de ces armes. D’après les experts, elles appartenaient initialement aux forces armées nationales – notamment celles du Burkina Faso, du Mali et du Niger – avant d’être récupérées par les jihadistes à la suite d’attaques meurtrières. Ce phénomène explique en partie pourquoi les groupes armés sont capables d’exhiber des arsenaux entiers dans leurs vidéos de propagande.
Contrairement aux idées reçues, le rapport ne relève aucun vaste réseau international de trafic d’armes. Les jihadistes obtiennent principalement leur matériel à l’intérieur même de la région, sans grande implication d’acteurs extérieurs. Même les armes supposées provenir de la Libye post-Kadhafi ne représentent que 7 % des échantillons étudiés.
L’enquête signale également une gestion rigoureuse des armes par les groupes armés : loin d’être revendues, celles-ci sont conservées précieusement pour un usage stratégique. Pour Claudio Gramizzi, responsable de CAR en Afrique de l’Ouest, la lutte contre la prolifération passe non seulement par le renforcement des capacités militaires, mais aussi par la consolidation de la chaîne judiciaire et l’offre de solutions sociales à long terme.
Dans un contexte de recul de la coopération internationale, les chercheurs de CAR s’inquiètent : l’accès au terrain devient difficile, et les financements occidentaux, comme ceux de l’Union européenne ou du Canada, s’amenuisent.
